Le journal de Frank THOMAS

Libre parole d'un citoyen.

posté le mercredi 28 septembre 2016

Nauséabond

Q'un mot glisse du registre matériel et physique au registre intellectuel et moral est un phénomène assez banal. Qu'il ne conserve que cette acception l'est moins.

 

 

 

 

A l'origine de l'adjectif nauséabond  il y a le mot grec naus qui signifie navire. La nausia c'est le mal de mer, l'envie de vomir.

Par extension est nauséeux celui qui éprouve ce malaise au sens premier, bien sûr, mais aussi au sens moral.

Devant un spectacle dégoûtant, devant une attitude répugnante sur le plan moral, le sujet ressent cette répulsion dans son âme et dans son corps.

 

Une application particulière du phénomène dans le domaine olfactif, la nausée née d'une odeur repoussante, a donné naissance au mot nauséabond.

On a pris l'habitude de qualifier de nauséabond les objets repoussants par leur odeur.

Par extension - et notamment depuis quelques années - l'adjectif est de plus en plus souvent appliqué aux idées d'un adversaire qu'on stigmatise par ce mot censé frapper d'indignité ce à quoi on l'accole.

C'est un mot commode, une facilié globalisante qui évite à celui qui l'emploie d'aller plus avant dans la réfutation des idées de son adversaire, en  les signalant comme profondément souillées, ignobles et dangereuses pour la santé morale. C'est la cliquette des lépreux ou la rouelle, sinistre ancêtre de l'étoile jaune des juifs.

 

 

  Juif de Worms portant la rouelle, l'ail et l'or.

 

 

L'idée de ce billet m'est venue en entendant ce matin Madame Emannuelle Cosse, ministre du logement, qualifier de "nauséabondes" les propositions de ses adversaires en matière de logement.

Abus manifeste et caricatural. Guerre des mots profondément anti-républicaine. 

 


 
 
posté le dimanche 25 septembre 2016

Harkis : le crime de de Gaulle.

Les harkis sont les musulmans qui, durant la guerre d'Algérie s'engagèrent comme supplétifs de l'armée française. Ils sont les victimes de l'Histoire.

 

 

 

 

A notre époque où plus personne - pas même ( un comble !) le Front National - n'ose plus remettre en cause l'action du général de Gaulle, la journée du 25 septembre permet de remettre un peu les choses à leur place.

En dépit des accords d'Evian qui organisaient le passage à l'indépendance de l'Algérie, les harkis furent purement et simplement abandonnés. La plupart de ceux qui n'eurent pas la possibilité de faire partie des 42000 qui gagnèrent la France métropolitaine en 1962, furent massacrés dans d'épouvantables conditions par le FLN qui les considérait comme des traîtres. 

 

De Gaulle se comporta alors de façon tout à fait indigne.

Alain Peyrefitte raconte dans C'était de Gaulle, un entretien qu'il eut avec le général en mars 1959 et qui éclaire d'un jour intéressant sa position sur l'immigration des musulmans d'Algérie : 

 

 « Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcher de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »

 

Trois ans plus tard, durant le conseil des ministres du 21 juillet 1962 alors que venait d'être proclamée l'indépendance de l'Algérie survenue dans les catastrophiques circonstances qu'on connaît, de Gaulle enfonce le clou :

 

  « On ne peut pas accepter de replier tous les musulmans qui viendraient à déclarer qu’ils ne s’entendront pas avec leur gouvernement ! Le terme de rapatriés ne s’applique évidemment pas aux musulmans : ils ne retournent pas dans la terre de leurs pères. Dans leur cas, il ne saurait s’agir que de réfugiés ! Mais on ne peut les recevoir en France comme tels que s’ils couraient un danger ! ».

 

Aveuglement ou cynisme ? Les harkis couraient effectivement un danger; on ne les acceuillit pas pour autant. On abandonna la plupart d'entre eux aux mains de leurs impitoyables ennemis et on parqua ceux qui avaient pu s'enfuir dans des camps où ils durent mener une vie indigne.

 

 

 

 

 

 

 Ce fut un crime d'Etat. De Gaulle en est coupable.

 

Depuis, les gouvernements successifs se sont efforcés de réparer, autant qu'il était possible, cette faute originelle.

La loi du 9 décembre 1974, prise sous la présidence Giscard d'Estaing, reconnaît aux harkis le satut d'anciens combattants.

Le 31 mars 2003 un décret de Jacques Chirac institue une journée nationale d'hommage aux harkis le 25 septembre de chaque année.

Le 14 avril 2012 Nicolas Sarkozy reconnaît officiellement la responsabilité du gouvernement français dans "l'abandon" des harkis:

 

« La France se devait de protéger les harkis et leurs familles, elle ne l'a pas fait. Elle porte désormais cette responsabilité. »

 

François Hollande, en ce 25 septembre, doit prononcer un discours pour marquer cette reconnaissance de la nation.

C'est nécessaire. C'est la première fois, depuis le début de son mandat, qu'il se rend aux Invalides pour cette cérémonie.

 

Sans doute, si de Gaulle n'avait pas abandonné ces soldats à leur tragique sort, et si les quelques milliers qui avaient réussi à s'échapper en venant en France n'avaient pas été indignement parqués dans des camps comme des criminels, la Fance aurait-elle moins à souffrir de la haine que cet abandon a fait naître chez nombre de descendants des malheureux harkis.

 

Ajouté le 26 septembre:

 

Le président de la République a repris presque mot pour mot ce qu'avait dit son prédécesseur il y a quatre ans :

« Je reconnais les responsabilités des gouvernements français dans (...) les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d'accueil inhumaines de ceux transférés en France ».

 

 

 


Commentaires

 

1. Paulo  le 26-09-2016 à 11:41:12

Bonjour,
J'étais en Algérie,avant l'indépandance,mais après j'ai surtout vue les pieds noirs fuirent.J'ai vue aussi è Oran des bidons villes,dans des marécages.J'ai des collègues qui ont remplacé des instituteurs alors qu'ils étaient ajusteurs dans l'industrie.Tout ceci après 300 ans de colonisations.Ceux qui qui prenaient l'avion,pour la France,n'étaient pas les victimes des gaulistes mais bien des socialistes qui ont déclaré la guerre,et éxécutés à mort les indépendantistes algériens.

2. Frank-Marie-THOMAS  le 26-09-2016 à 15:53:22  (site)

@Paulo

Les pieds-noirs ont fui, c'est un fait.
Les harkis auraient bien aimé fuir, c'en est un autre.
Que les socialistes, à commencer par le ministre de l'Intérieur de l'époque, François Mitterrand, aient une lourde responsabilité dans ce qui s'est passé en Algérie ne fait pas de doute.
Mais le lâchage des pieds noirs et des harkis par de Gaulle n'en fait pas non plus.
Les fautes des uns n'excusent en rien le crime de l'autre.

3. Florentin  le 27-09-2016 à 11:41:06  (site)

Trnsmission de pensée, j'ai aussi écrit un mot à ce sujet sur mon blog ce matin, y soulignant, comme vous, mais de manière moins détaillée, la responsabilité du Génaral de Gaulle. Je suis d'autant plus préoccupé par ce sujet que j'ai participé là-bas au conflit, avec un quart de poil de responsabilités : j'y étais sous-lieutenant..

 
 
 
posté le samedi 24 septembre 2016

Amusant palindrome.

 


Commentaires

 

1. Florentin  le 25-09-2016 à 10:53:33  (site)

Il faut être diablement habile pour pondre un truc pareil !

 
 
 
posté le vendredi 23 septembre 2016

"Nos ancêtres les Gaulois"

Il y a une bonne trentaine d'années - peut-être plus - que l'on nous tympanise avec cette serinette de "nos ancêtres les gaulois".

 

 

 

Pourtant,on ne la trouve pas plus dans les manuels scolaires qu'on ne rencontre de locomotive à vapeur sur les voies ferrées de France. Henri Salvador en a fait une chanson drôlatique; il aurait été aussi absurde de le lui reprocher que de s'en prendre aux propos de Sarkozy sur le sujet.

 

Car de deux choses l'une : ou bien les journalistes sont incultes et stupides, ou bien ils sont de mauvaise foi. Malgré de fortes présomptions en faveur de la première branche de cette alternative, j'opte résolument pour la seconde.
Personne, de bonne foi, ne peut penser que l'ancien président soit stupide au point d'assigner à tous nos concitoyens une seule et même origine. A l'égard de tous ceux qui sont venus d'ailleurs pour peupler notre pays, plus encore à l'égard de ceux de nos concitoyens, descendants d'esclaves, qui vivent dans nos départements d'outre-mer, ce serait une infâme provocation, tout à fait contraire à ses intérêts électoraux de surcroît.


 Les propos de Sarkozy ont été volontairement tronqués et mal interprétés. Ce qu'il dit ce n'est évidemment pas que nous descendons tous génétiquement des Gaulois ( dont les historiens, d'ailleurs, remettent en cause l'existence même  en tant qu'ethnie) mais que, par notre appartenance à la nation française, nous partageons tous le même héritage.

Cette affirmation est si évidente, si banale, que Sarkozy a tenu à lui ajouter cette phrase provocante, pour lui donner un peu de relief et susciter la polémique. 
Ceux qui se sont livrés à ce petit jeu de la polémique n'ont donc pas eu peur de prendre leur public pour un ramassis d'imbéciles ou de passer eux-mêmes pour des imbéciles.
Prendre les propos de quelqu'un au pied de la lettre, faire mine de ne pas comprendre l'intention qui les sous-tend est une technique qui rappelle les méthodes de l'Inquisition ou du KGB.


Ce qu'il y a de plus inquiétant dans l'affaire ne vient donc pas de ce qu'a dit Sarkozy avec l'évidente intention de susciter la polémique - tant il est vrai qu'il connaît par cœur les réactions prévisibles des medias - mais des réflexes pavloviens de ce petit monde qui, pourtant, a une si haute opinion de sa lucidité et de son intelligence

 


Commentaires

 

1. Florentin  le 25-09-2016 à 10:56:03  (site)

Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage. Et quoi de plus facile que d'extraire une phrase de son contexte pour pour fusiller quelqu'un. C'est lâche et malhonnête.

 
 
 
 

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